|
Au delà de la polémique artistique suscitée par l’exposition des oeuvres d’art contemporain au château de Versailles, se pose la question du mode de décision de cette opération, de sa gestion, et de l’utilisation de l’argent public.
L’exposition est organisée par la Société Versailles Spectacles, Société par action simplifiée de droit privée, dont l’unique associé est l’établissement public du chateau de Versailles.
Cette société a été créée par l’actuelle ministre de la culture, dont le nom figurait d’ailleurs toujours sur le KBIS de l’organisateur de l’exposition Jeff KOONS fin septembre 2008 !
Cette société a été créée dans le but de permettre aux personnes qui gèrent le château de se soustraire aux contraintes de la comptabilité publique, afin de réaliser des opérations de nature commerciale en toute liberté… et en toute illégalité.
En effet, ce mode de gestion relève de nombreuses qualifications pénales, notamment des dispositions des articles 432-1, 432-2 et 432-12 et 432-14 du code pénal. Madame Christine ALBANEL, et Monsieur AILLAGON encourent les sanctions de l’abus d’autorité, de la prise illégale d’intérêt, d'octroi d'avantage injustifié, outre les sanctions financières liées à la gestion de fait.
Ce que de nombreux journalistes ont appelé pudiquement des problèmes de conflits d’intérêt, s’interrogeant sur les différentes fonctions qu’a occupé Monsieur AILLAGON au service de Monsieur PINAULT ou de ses entreprises, et en relation directe avec Monsieur Jeff KOONS, serait passible dans tous les autres états européens de lourdes sanctions pénales. En France, les tribunaux, déjà fort encombrés et en état de décompostion avancés (35 ème rang européen) ne sont pratiquement jamais saisis de ces déviances.
Les hauts fonctionnaires qui gèrent la culture française depuis 50 ans, souvent en famille, ont totalement oublié toute contrainte de gestion publique. Ils accaparent les moyens publics pour gérer leur communication et celle de la classe politique dont ils assurent la promotion en s’assurant leur complaisance.
Les professionnels de la culture doivent savoir que des possibilities d’actions existent. Pour la première fois, en décembre 2007, un responsable du ministère de la culture a été mis en examen pour prise illégale d’intérêt, à l’initiative d’un syndicat professionnel.
Si les professionnels de la culture veulent rétablir une éthique, une morale et sortir du système mafieux qu’a engendré 50 ans d’étatisme culturel, les outils existent, il suffit de s’en saisir.
Les déviances actuelles du système culturel français ont leur source dans la négation de l’Etat de droit et des principes démocratiques, sur laquelle André MALRAUX et Jack LANG ont batti et développé le ministère de la culture. L’exception culturelle française n’est le plus souvent qu’un verbiage vide de réalité juridique, si ne nest dans le code pénal, et qu’aucun pays au monde ne nous envie, à part la Chine.
Il est urgent que la classe politique française prenne conscience que la diversité culturelle ne peut exister que dans le respect de l’Etat de droit et des droits de l’homme. La mondialisation ne fera pas de cadeau à la culture française si elle ne se reprend pas et ne se donne pas les moyens d’affronter la concurrence.
Il ne peut exister d’Etat qu’impartial et au service de tous. L’existence même d’un ministère de la culture qui prétend réglementer l’art à la fois dans ses contenus et ses contenants est une incongruïté.
Imaginez ce que vous auriez dans votre assiette si les fabricants de produits agro alimentaires fixaient eux mêmes les normes alimentaires et en assuraient le contrôle. Une telle idée semble totalement absurde, c’est pourtant ainsi que fonctionne la culture française !
Les fonctionnaires de la culture française sont au service d’eux mêmes, il est peut être temps qu’une nouvelle révolution les déloge de Versailles.
Roland LIENHARDT, après avoir exercé pendant 20 ans de nombreux métiers dans les secteurs spectacle, de l’audiovisuel et de la culture est aujourd’hui avocat au Barreau de Paris spécialiste des dossiers culturels. Il écrit et enseigne. Il dirige la revue et le site Nodula.
www.nodula.com
www.lienhardt.com
|